Difficile de ne pas être surpris par ce récit post-apocalyptique qui prend un malin plaisir à détourner tous les codes. Dans un monde contemporain réduit à l’état de ruines, ravagé par une épidémie de morts-vivants, Gabriel erre seul, tenaillé par une faim de plus en plus pressante. Le problème ? Les humains ont quasiment disparu… et Gabriel, lui, est un vampire. Autant dire que sa survie est loin d’être assurée.
Sur ce point de départ déjà réjouissant, le récit déploie une tragi-comédie particulièrement inventive, où les rapports de force habituels sont complètement renversés. La figure du vampire, traditionnellement associée à une forme de domination sociale — aristocratique ou bourgeoise — se retrouve ici fragilisée, dépendante, presque pathétique. Florence Dupré la Tour s’amuse à bousculer les hiérarchies, à inverser les rôles, et à interroger avec un humour mordant les notions de travail, de pouvoir et d’interdépendance.
Le ton est résolument jubilatoire, oscillant en permanence entre noirceur et absurdité, avec une énergie communicative qui emporte tout sur son passage. Impossible, d’ailleurs, de ne pas penser à la série Donjon de Joann Sfar et Lewis Trondheim : on retrouve ici ce même goût pour le dessin expressif, le burlesque, les dialogues qui claquent et cet esprit bagarreur, décalé et profondément drôle. Une œuvre originale, irrévérencieuse et furieusement vivante, qui prend un plaisir évident à renverser la table — et le lecteur avec.

Coup de coeur !